Infarctus du myocarde avec ou sans sus-décalage du segment ST : la mortalité à long terme est la même

Publié le jeudi 18 février 2021
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Auteur :

Pr Jean Ferrières

 
Jean Ferrières (1,2)

(1) Fédération de Cardiologie, CHU de Toulouse (2) UMR1295 INSERM, Université de Toulouse III.

Contexte 

Depuis une trentaine d'années, on assiste à une baisse de l'incidence des infarctus du myocarde avec sus-décalage du segment ST au profit des infarctus du myocarde sans sus-décalage du segment ST. 

Il est probable qu’une meilleure prise en charge en prévention primaire du tabagisme et de l'hypercholestérolémie soit à l'origine de la modification de la présentation initiale des infarctus du myocarde.

Le but de ce travail était de montrer l'impact à très long terme sur la mortalité totale selon le mode de présentation initial des infarctus du myocarde en France.

Méthodes 

Depuis 1985, le projet MONICA France, sous l'égide de l'Organisation Mondiale de la Santé, vise à enregistrer de manière exhaustive et continue la totalité des événements coronaires aigus dans 3 régions françaises. Il s'agit d'un enregistrement populationnel comportant les événements survenus à l'hôpital et en dehors de l'hôpital. Cet enregistrement comporte également les morts suspectes possiblement liées à la maladie coronaire ainsi que l'ensemble des urgences cardiologiques dans chaque région. Le caractère unique de cet enregistrement repose d'une part, sur son exhaustivité et d’autre part, sur la possibilité de disposer à très long terme de l'évolution de la maladie coronaire en France.

En 2006, les auteurs de l'étude ont enregistré les cas incidents d'infarctus du myocarde dans les trois régions françaises de Lille, Strasbourg et Toulouse. Il s'agissait de patients sans antécédents de maladie coronaire et âgés de 35 à 74 ans. Ainsi, 1822 patients ont été suivis pendant 10 ans de 2006 à 2016.

Résultats 

La mortalité à la 10e année est très lourde à hauteur de 20,8 %, c'est-à-dire qu'1 infarctus du myocarde sur 5 décède à 10 ans.

Parmi ces infarctus du myocarde, 1121 étaient des infarctus avec sus-décalage du segment ST, soit 61,5 %, et 701 patients étaient des infarctus du myocarde sans sus-décalage du segment ST, soit 38,5 %. 

Les infarctus du myocarde avec sus-décalage du segment ST étaient âgés de 56,6 ans et 21,8 % étaient des femmes. Les infarctus du myocarde sans sus-décalage du segment ST étaient âgés de 60,3 ans et 26,8 % étaient des femmes. Les lésions athéroscléreuses concernant les 3 artères coronaires principales concernaient 16 % des patients du groupe avec sus-décalage du segment ST contre 22 % des infarctus du myocarde sans sus-décalage du segment ST. 

À l'issue du premier mois de suivi, 5,9 % des infarctus du myocarde étaient décédés; 6,7 % des infarctus avec sus-décalage du segment ST étaient morts contre 4,7 % des infarctus sans sus-décalage du segment ST.

Au-delà du premier mois, 15 % des infarctus vont mourir : 13,9 % des infarctus avec sus-décalage du segment ST meurent contre 19 % des infarctus sans sus-décalage du segment ST soit une différence significative en défaveur des infarctus sans sus-décalage du segment ST.

Sur la totalité des 10 années de l'étude, 19,6 % des infarctus avec sus-décalage du segment ST meurent contre 22,8 % des infarctus sans sus-décalage du segment ST soit une mortalité similaire.

La mortalité au premier mois est impactée par l'âge, la sévérité de la présentation de l'infarctus, les antécédents, les facteurs de risque et l’atteinte de la fonction cardiaque. Au-delà du premier mois, la prescription des traitements recommandés et un séjour dans une structure de réadaptation cardio-vasculaire favorisent une diminution de la mortalité.

Quand on fait le bilan de la mortalité à 1 ans, 7,2 % des infarctus du myocarde sont décédés, soit 7,5 % des infarctus avec sus-décalage du segment ST et 6,6 % des infarctus sans sus-décalage du segment ST. Au- delà de la première année, la mortalité oscille entre 1 et 2 % soit 1,6 % pour les infarctus avec sus-décalage du segment ST et 2,1 % pour infarctus sans sus-décalage du segment ST.

En d'autres termes, la mortalité est plus sévère chez les infarctus avec sus-décalage du segment ST au cours de la phase du premier mois alors que la mortalité est plus grave au-delà du premier mois chez les infarctus sans sus-décalage du segment ST. Cependant, sur le très long terme à 10 ans, la mortalité est équivalente dans les deux types d’infarctus du myocarde.

Conclusion 

La présentation initiale des infarctus du myocarde avec ou sans sus-décalage du segment ST ne doit pas faire oublier que la gravité à long terme est la même pour les deux types d'infarctus du myocarde. Par conséquent, la mise en route de la chaîne de survie et l'orientation préférentielle des patients suspects d’infarctus du myocarde vers les structures disposant d'une angioplastie 24 heures sur 24 doit être privilégiée.

Référence

  • Bouisset F, Ruidavets JB, Dallongeville J, Moitry M, Montaye M, Biasch K, Ferrières J. Comparison of Short- and Long-Term Prognosis between ST-Elevation and Non-ST-Elevation Myocardial Infarction. J Clin Med. 2021 Jan 7 ;10(2) :180. doi: 10.3390/jcm10020180.