Cardiac CARE : l’association ARAII + bétabloquant ne protège pas de la cardiotoxicité des anthracyclines chez les patients à haut risque (troponine élevée)

Mis à jour le lundi 24 octobre 2022
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Quentin Laissac

Auteur :
Quentin Laissac
Membre du Collège des Cardiologues en Formation,
Rouen

Charles Fauvel

Relecteur :
Charles Fauvel
Membre du Collège des Cardiologues en Formation,
Rouen

Albert Hagège

Sous la supervision de :
Albert Hagège
Président du Comité Éditorial de Cardio-online
Paris

 

En direct de l'ESC Congress 2022

D’après la présentation de Peter Henriksen (Édimbourg, Royaume-Uni) : "Cardiac CARE - A randomised trial of troponin-guided neurohormonal blockade for the prevention of anthracycline cardiotoxicity"

Messages-clés

Cardiac CARE est un essai randomisé ouvert ayant pour objectif d’évaluer :

  1. l’intérêt de dosages répétés de troponine I sous anthracyclines afin d'identifier les patients à risque de développer une toxicité myocardique
  2. et l’effet cardioprotecteur d’un blocage neuro-hormonal par CANDESARTAN + CARVEDILOL chez ces patients.

L’étude est négative et l’association thérapeutique ne prévient pas la diminution de la FEVG chez les patients sous anthracyclines avec troponine élevée.

Introduction

Les anthracyclines, efficaces dans le cancer du sein et les lymphomes, ont une toxicité myocardique (dysfonction ventriculaire gauche et insuffisance cardiaque).

Le blocage neuro-hormonal systématique par bêtabloquant et inhibiteur du système rénine-angiotensine-aldostérone chez tous les patients sous anthracyclines sans stratification du risque de cardiotoxicité ne semble pas justifié.

L’objectif de cette étude était de déterminer si la surveillance de la troponine I pendant la chimiothérapie permettait d’identifier les patients à risque de développer une cardiotoxicité, et de déterminer si l’association ARAII + bêtabloquant pouvait prévenir cette cardiotoxicité chez ces patients avec troponine élevée. 

Méthodologie et résultats

Méthodes

Cardiac CARE est une étude multicentrique, prospective, randomisée, en ouvert, qui a inclus des patients traités pour cancer du sein ou lymphome non Hodgkinien par épirubicine (>  300 mg/m²) ou doxorubicine (> 150 mg/m²).

En cas de troponine I élevée lors de la chimiothérapie, le patient était considéré à haut risque de cardiotoxicité et était randomisé en 1:1 dans le groupe « soins habituels » ou dans le groupe « soins habituels + CARVEDILOL et CANDESARTAN ».

Dans le cas contraire, le patient était considéré à faible risque, n’était pas randomisé, mais aussi suivi à 6 mois de la fin du traitement par anthracycline avec une IRM cardiaque (Figure 1).

Le critère de jugement principal était la variation de FEVG en IRM, comparativement à l’IRM pré-traitement, évaluée en aveugle à 6 mois de la fin du traitement par anthracyclines.

L’objectif secondaire était de démontrer l’intérêt du dosage de troponine pour détecter les patients à faible risque de cardiotoxicité, jugée sur une FEVG inchangée ne variant pas de plus de 2 % par rapport à la FEVG d’inclusion.

Résultats :

Au total, 57 patients ont été randomisés (tous à risque élevé, âge moyen 54 ans, FEVG à l’inclusion 70 %, 29 sous traitement cardioprotecteur et 28 sans) et 118 n’ont pas été randomisées, car considérés à bas risque.

À 6 mois de la dernière prise d’anthracyclines, il n’y a pas de différence de variation de FEVG dans le groupe à haut risque entre les prises en charge CARVEDILOL + CANDESARTAN vs. « soins habituels » (Figure 2).

Il n’était pas retrouvé non plus de différence significative en termes de changement de volume, masse ou strain ventriculaires gauches ou de taille d’oreillette gauche.

La différence de concentration de troponine entre l’inclusion et après 2 mois de traitement n’était pas non plus significative entre les deux groupes.

De plus, dans le groupe de patients considérés comme à risque faible de développer une cardiotoxicité (troponine non élevée) on note une diminution de la FEVG de 2,9 % comparativement à l’IRM avant traitement.

Le faible nombre de patients inclus ainsi que la durée de suivi courte sont deux limites soulignées par les auteurs.

Conclusion

Le blocage neuro-hormonal par CANDESARTAN + CARVEDILOL ne prévient pas la diminution de la FEVG chez les patients traités par anthracyclines et présentant des concentrations élevées de troponine I. La stratification du risque par dosage de troponine chez ces patients semble également insuffisante.

Cette étude va à l’encontre des nouvelles recommandations ESC 2022, qui recommandent l’utilisation de la troponine I pour monitorer la cardiotoxicité des anthracyclines et l’utilisation d’un blocage neuro-hormonal préventif bêtabloqueur et inhibiteur du SRAA dans ce cas.

Figure 1. Flow chart de l’étude CARDIAC Care.

 

Figure 2. Résultats sur le critère de jugement principal.

 

Figure 3. Résultats sur le critère de jugement secondaire.

 

Pour en savoir plus, consultez les Late-Breaking Trials complètes, en langue anglaise, présentées lors de l'ESC 2022 :

Toute l'actualité de l'ESC 2022

 

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