PROFID : l’IRM cardiaque améliore la prédiction du risque de mort subite en post-infarctus

Mis à jour le lundi 25 juillet 2022
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D'après la présentation de Nikolaos Dagres (Leipzig, Germany) durant l'EHRA 2022

Silhouette de femme

Auteur :
Ludivine Bochet
Paris

 

En direct de l'EHRA 2022

" Cardiac magnetic resonance imaging for prediction of risk for sudden cardiac death after myocardial infarction, the updated PROFID clinical prediction model", Nikolaos Dagres (Leipzig, Germany).

EHRA 2022

Les recommandations actuelles sont très claires, retenant une indication d’implanter un défibrillateur automatique implantable (DAI) en prévention primaire de la mort subite chez les patients avec un antécédent d’infarctus du myocarde et une fraction d’éjection du ventricule gauche (FEVG) ≤35 %. Malheureusement une large proportion de patients implantés d’un DAI ne s’en serviront jamais et à l’inverse, quelques patients avec une FEVG >35 % présenteront un trouble du rythme ventriculaire pendant le suivi. L’objectif de l’étude PROFID est de stratifier le risque rythmique ventriculaire dans cette population pour clairement définir les patients avec une indication d’implantation d’un DAI.

Message clé

  • L’IRM cardiaque par l’évaluation de la zone de nécrose et surtout de la zone bordante semble jouer un rôle important dans la prédiction de la mort subite dans le post infarctus
  • À terme, l’objectif est de se baser sur des critères plus fiables que la FEVG pour définir clairement les patients nécessitant l’implantation d’un DAI ou non

Méthodologie

Les auteurs ont précédemment décrit que la prédiction de la mort subite restait insuffisante après avoir également pris en compte des données cliniques et biologiques en plus de la FEVG (âge, sexe, NYHA, IMC, insuffisance rénale, fibrillation atriale, créatinine, NT proBNP). Au congrès EHRA 2022, les investigateurs rapportent la performance de leur modèle prédictif en y ajoutant des données issues de l’IRM cardiaque. Deux données ont été précisément étudiées : la taille de l’infarctus, correspondant à la zone de nécrose sans viabilité (= core zone) et la zone bordante de l’infarctus, correspondant au myocarde situé entre la zone de nécrose et zone saine (= gray zone).

Pour étudier l’impact de l’IRM sur la prédiction du risque de mort subite, les données IRM de 7 centres (USA et Europe) ont été collectées parmi 2 049 patients coronariens avec ou sans DAI. La notion de coronaropathie était représentée soit par :

  1. un antécédent de syndrome coronaire avec ou sans sus décalage du segment ST
  2. ou une cardiopathie ischémique avec une FEVG < 50 %. À noter que l’IRM a été réalisée au-delà du 40ème jour après l’infarctus et que l’ensemble des IRM a été relu pour homogénéiser les mesures de la surface de nécrose et de zone bordante (avec une réinterprétation locale et centralisée).

 Le critère de jugement principal était la survenue à 12 mois d’une thérapie appropriée délivrée par le DAI ou la survenue d’un évènement rythmique ventriculaire grave ou une mort subite parmi les patients sans DAI.

Résultats

Parmi les 2 049 patients, l’âge moyen était de 64 ans, 73 % étaient des hommes et 421 (20 %) avaient été implantés d’un DAI. À 12 mois de suivi, 40 et 25 patients ont respectivement présenté le critère de jugement principal dans le groupe sans et avec DAI.

Les résultats préliminaires montrent que l’analyse de la surface de nécrose et de zone bordante est potentiellement prometteuse pour prédire le risque rythmique ventriculaire dans le groupe post infarctus (sans DAI) avec une aire sous la courbe à 0,753. De plus, la valeur prédictive de l’IRM pour la survenue d’un évènement rythmique grave à 36 mois reste satisfaisante avec une aire sous la courbe à 0,716. Pour les patients avec DAI, la valeur prédictive est moins intéressante avec une aire sous la courbe à 0,598.

Conclusion

Les premiers résultats montrent donc que l’IRM améliore la prédiction de la mort subite. Le Dr Dagres rapporte que le modèle décrit sera prochainement enrichit avec des nouvelles mesures et quantifications IRM de la zone de nécrose / bordante. À terme, le modèle prédictif devrait être évalué dans deux études cliniques: PROFID-Reduced and PROFID-preserved qui incluront dans la première des patients avec une FEVG ≤35 % et dans la seconde ceux avec une FEVG >35 %, qui seront randomisés pour recevoir un DAI ou non (figure 1). L’objectif ultime est donc de promouvoir une approche individualisée de l’indication d’implantation d’un DAI et d’éviter des implantations futiles chez des patients qui sont finalement à faible risque de mort subite (même avec une FEVG < 35 %).

Aller plus loin

Voir l'interview de Victor Waldmann sur l'étude PROFID

 

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