Diététique : l’apport possible du métabolome

Mis à jour le mardi 30 juin 2020
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Auteurs :

Jean-Francois Perrégaux et Antonio Gallo
Service d'endocrinologie-métabolisme, Hôpital Pitié-Salpêtrière (APHP) et Institut Hospitalo-Universitaire cardiométabolique, Paris

L’importance de la prise en charge diététique dans les maladies cardiovasculaires mais également dans la promotion de la santé de manière générale est bien établi. Toutefois, leur niveau de preuve est plus faible que pour l’utilisation des statines par exemple. Cependant, la communauté scientifique se retrouve facilement limitée par la difficulté de réaliser des études robustes afin de démontrer une telle efficacité. En effet, elles s’appuient le plus souvent sur des données subjectives telles que des questionnaires alimentaires qui ne reflètent pas toujours les habitudes alimentaires sur une période plus longue. De plus, il est nécessaire de préciser la nature des différents micro-macronutriments qui n’ont pas le même impact, par exemple, les acides gras saturés ou polyinsaturés, les glucides naturels ou issus des aliments ultra-transformés. En outre, le régime alimentaire de chaque individu n’est pas fait d’un seul aliment et donc les effets bénéfiques/néfastes de l’un risquent d’être confondus par le rôle d’un autre nutriment. Les différences interindividuelles devraient également être prises en compte. En effet, la réponse nutritionnelle est médiée, entre autres, par la génétique, le métabolisme ou encore le microbiote intestinal.

Un concept novateur a été récemment introduit, qui pourrait permettre de surmonter certains questionnements ; celui du métabolome. Il s’agit de l’ensemble des substrats, des intermédiaires métabolites, des hormones, vitamines et d’autres substances qui est retrouvé dans un échantillon biologique. Cela constitue un profil nutritionnel individuel et surtout objectif afin d’étudier l’impact de la nutrition sur l’état de santé (1).  

Dans une étude menée par Li et al, la spectrométrie de masse a permis de constituer un profil métabolomique du régime Méditerranéen (consommation de fruits, légumes, d’huile d’olive, céréales, poissons et faible consommation quotidienne de viande rouge et d’acides gras saturés) déjà bien décrit dans d’autres études comme étant efficace à la réduction du risque cardiovasculaire. Ce profil a été établi à partir de 67 métabolites différents (lipides, acides aminées, vitamines, xénobiotiques) et il a montré une corrélation plus importante entre ce régime et la réduction du risque cardiovasculaire que d'autres études utilisant des questionnaires nutritionnels subjectifs (2).  

L’évaluation de l’impact de la diététique sur la santé générale pourra être facilitée dans les années à venir grâce à l’étude du métabolome.

Que disent les recommandations 2019 de prise en charge des dyslipidémies ?

La diététique rentre dans un contexte plus ample représenté par le mode de vie. C’est pour cela que les recommandations sur la diététique sont toujours incomplètes si elles ne sont pas associées à d’autres conseils concernant d’autres comportements à risque. Un sommaire de ces recommandations est présenté dans le tableau ci-dessous.

Les recommandations diététiques doivent prendre en compte les habitudes locales
Les recommandations reposent sur une alimentation variée avec un apport en calorie adapté pour éviter la prise de poids
Il est toujours recommandé de consommer des fruits, légumes, légumineuses, noix (au sens large) produit céréaliers complets et poissons
Les acides gras saturés doivent être diminués (drastiquement) avec un apport correspondant à moins de 7% des calories au profit des acides gras insaturés. Le cholestérol alimentaire doit être réduit à moins de 300 mg/jour. Les graisses TRANS doivent aussi être réduites.
La consommation de sel doit être réduite à moins de 5 grammes par jour avec une réduction du sel de table et des aliments riches en sel (en France, pain, fromages, charcuterie et conserves)                                                                                                                                                                                                       
Pour ceux qui consomment de l’alcool, il ne faut pas dépasser 10-20 grammes chez les femmes et 20-30 grammes chez les hommes. En cas d’hypertriglycéridémie, il est souhaitable de s’abstenir.
Les boissons sucrées et les produits avec sucres ajoutés doivent être limitées
L’activité physique doit être encouragée (sur la base de 30 mn par jour)
Le tabac doit être proscrit

 

Bibliographie          

  1. Jin Q, Black A, Kales SN, Vattem D, Ruiz-Canela M, Sotos-Prieto M. Metabolomics and Microbiomes as Potential Tools to Evaluate the Effects of the Mediterranean Diet. Nutrients. 2019 Jan 21;11(1).
  2. Sharma S, Parry-Williams G, Gati S. The metabolic signature: an emerging paradigm in cardiovascular nutritional health research? Eur Heart J [Internet]. [cited 2020 May 10]; Available from: https://academic.oup.com/eurheartj/advance-article/doi/10.1093/eurheartj/ehaa260/5827777

 

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