De quelle FEVG parle-t-on ?

Mis à jour le mardi 28 juin 2022
dans
Erwan Donal

Pr Erwan Donal
Service de cardiologie
Rennes

De quelle FEVG parle-t-on : la plus basse de l’histoire d’un patient ? ou de celle du patient au moment où nous souhaitons initier un traitement ?

Il est important de reconnaitre que désormais, les patients peuvent passer d’une forme à l’autre.

De plus en plus, avec les progrès thérapeutiques, nous voyons des patients qui auront pu être, à des temps différents de leur histoire, en insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée, ou à fraction d’éjection altéré ou... entre les deux !

Faudrait-il, alors, se priver de certains traitements ayant démontré (ou pour certain, presque démontré) un effet sur les symptômes et les événements graves, quand la sacro-sainte FEVG n’est pas strictement entre les bornes retenues dans les critères d’inclusion des essais randomisés ? À réfléchir…

Mais sans doute en intégrant les facteurs de risque, le contexte, et finalement des considérations permettant d’évoquer différents types d’insuffisance cardiaque (ne tenant pas compte de la FEVG)1.

L’analyse combinée de EMPEROR-Reduced et EMPEROR-Preserved trials (9 718 patients ; 4 860 ‘empagliflozin’ and 4 858 ‘placebo’), aura permis d’étudier l’ensemble du spectre de l’insuffisance cardiaque d’aujourd’hui2.

Les résultats sont assez éloquants. DELIVER aura inclus des patients devenus « FEVG modérément réduite » alors qu’ils avaient une histoire d’insuffisance cardiaque à FE altérée.

Doit-on revenir à une définition, telle que celle apprise par les plus anciens, de l’insuffisance cardiaque, et qui ne s’appuierait que sur les signes et symptômes d’insuffisance cardiaque ?

Sans doute pas car, j’y reviens : différents phénotypes existent, et certains traitements permettront de corriger plus, telle ou telle autre anomalie prépondérante (la fuite mitrale, l’hypertension pulmonaire, la dysfonction ventriculaire droite, l’arythmie…).

De plus, si la FEVG est remise en cause par les imageurs, les physiologistes et d’autres depuis plusieurs années, l’imagerie du cœur reste fondamentale pour appréhender, et très certainement, mieux (bien) traiter nos patients insuffisants cardiaques.

Il est peut-être utile de rappeler le magnifique travail effectué en Corée. Les investigateurs ont effectué une échocardiographie à plus de 4 000 patients admis pour une décompensation cardiaque. Ils ont évalué les outils potentiellement les plus pertinents pour prédire les événements. Ils démontrent que la FEVG ne permet pas de discriminer les patients à risque (à la phase aiguë). A l’inverse, le GLS (le strain global longitudinal) se révèle être le prédicteur indépendant des événements. Il faut cependant noter que sa très grande valeur est portée par les patients ayant une fraction d’éjection préservée3.

Références

  1. Galli E, Bourg C, Kosmala W, Oger E, Donal E. Phenomapping Heart Failure with Preserved Ejection Fraction Using Machine Learning Cluster Analysis: Prognostic and Therapeutic Implications. Heart Fail Clin 2021;17:499-518.
  2. Anker SD, Siddiqi TJ, Filippatos G et al. Outcomes with Empagliflozin in Heart Failure with Preserved Ejection Fraction Using DELIVER-like Endpoint Definitions. Eur J Heart Fail 2022.
  3. Cho GY, Marwick TH, Kim HS, Kim MK, Hong KS, Oh DJ. Global 2-dimensional strain as a new prognosticator in patients with heart failure. J Am Coll Cardiol 2009;54:618-24.

 

Retrouvez l'intégralité du dossier spécial "Dépistage​ de l'insuffisance cardiaque à FEVG préservée"

 

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