CAMELLIA–TIMI 61 : quels sont les effets de la lorcasérine à long terme chez les patients obèses ?

Publié le mercredi 29 août 2018
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Congrès de la Société Européenne de Cardiologie (ESC) 2018

L'étude CAMELLIA-TIMI 61 vous est résumé par Jules Mesnier, interne à Paris et membre du CCF.

Véritable fléau en pleine croissance, l'obésité touchait 13% des adultes de la population mondiale en 2016. Elle est un facteur de risque de nombreuses pathologies, notamment cardiovasculaires avec un risque accru de diabète, d’hypertension artérielle (HTA), d’accident vasculaire cérébral (AVC), de maladie coronarienne et un augmentation de la mortalité toute cause.

La lorcasérine est un agoniste spécifique des récepteurs C2 de la sérotonine qui a prouvé son efficacité dans la réduction du poids de patients en surpoids ou obèses en réduisant le poids de 5,8 ± 0,2 kg en moyenne vs 2,2 ± 0,1 kg contre le placebo à 1 an.
La molécule était bien tolérée cliniquement, et aucune augmentation de risque cardiovasculaire ou de valvulopathie n’était reportée chez la population princeps. La dose est de 10 mg matin et soir.

CAMELLIA-TIMI 61 a été conçue pour confirmer la sécurité cardiovasculaire de la lorcasérine à long terme et possiblement trouver une place dans la prévention cardiovasculaire des patients obèses.

La population a été sélectionnée à haut risque cardiovasculaire : les patients devaient avoir un IMC > 27 avec une atteinte cardiovasculaire ou des facteurs de risques multiples (dont un diabète de type 2).

Ils ont été randomisés contre placebo et évalués sur deux plans :

  • La sécurité cardiovasculaire, avec comme critère de jugement principal les évènements cardiovasculaires majeurs (mort cardiovasculaire, infarctus du myocarde et AVC),
  • L’efficacité de la réduction du risque cardiovasculaire, avec comme critère de jugement les évènements cardiovasculaires majeurs étendus (décès cardiovasculaire, l’infarctus du myocarde, l’AVC, l’hospitalisation pour angor instable, insuffisance cardiaque et toute revascularisation coronarienne).

Les critères de jugements secondaires étaient nombreux mais incluaient notamment l’apparition de diabète insulino-dépendant, les évènements psychiatriques et oncologiques et l’apparition de valvulopathies.

Les résulats de l'étude

12 000 patients ont été inclus et suivis en moyenne pendant 3 ans. La population était principalement obèse avec un IMC médian à 35 (seulement 13% des patients avaient un IMC < 30), avec de nombreuses comorbidités (90% d’hypertension, 97% de dyslipidémies, 20% d’insuffisance rénale chronique...) et, comme prévu, à haut risque cardiovasculaire.

Il n’y a pas eu de différence sur la sécurité cardiovasculaire avec 6,1% d’évènements cardiovasculaires dans le groupe lorcasérine versus 6,2% dans le groupe placebo (RR = 0,99 ; 0,85-1,14) (Figure 1).

Il n’y a pas eu de différence sur l’efficacité cardiovasculaire  avec 11,8% évènements cardiovasculaires dans le groupe lorcasérine versus 12.1% dans le groupe placebo (RR = 0,97 ; 0,87-1,07) (Figure 2).

Critère de sécurité de la lorcasérine : événements cardiovasculaires majeurs (CAMELLIA-TIMI, ESC 2018)

Figure 1 : Critère de sécurité de la lorcasérine : événements cardiovasculaires majeurs (CAMELLIA-TIMI 61, ESC 2018)

Critère de sécurité de la lorcasérine : événements cardiovasculaires majeurs étendus (CAMELLIA-TIMI, ESC 2018)

Figure 2 : Critère d’efficacité de la lorcasérine : événements cardiovasculaires majeurs étendus (CAMELLIA-TIMI 61, ESC 2018)

Pourtant, le traitement était efficace sur la perte de poids avec un amaigrissement de - 4,2 kg en moyenne chez les patients traités contre - 1,4 kg pour le placebo à un an (soit une différence de - 2,8 kg). La différence de poids s’atténuait avec le temps, avec une différence à la fin de l’étude de -1,9 kg (Figure 3).

Baisse de poids lorcasérine versus placebo (CAMELLIA-TIMI, ESC 2018)

Figure 3 : Baisse de poids lorcasérine versus placebo (CAMELLIA-TIMI 61, ESC 2018)

Toutefois, la lorcasérine a permis une diminution significative d’apparition de diabète de type 2 avec 8,5 % contre 10,3% dans le groupe placebo (RR 0,81 ; 0,66-0,99).

Les effets de la lorcasérine sur les facteurs de risques cardiovasculaires restent marginaux avec une baisse de 1 mmHg de la tension artérielle systolique (TAS), -0,2 d’HbA1c et -11,7 mg/dL du taux de triglycérides (soit – 0,117 g/L).

Par ailleurs, l’étude ne rapporte pas de signal sur le plan des valvulopathies, des néoplasies et des pathologies psychiatriques.

Sur le plan de la tolérance, les effets secondaires principaux étaient des nausées, diarrhées, fatigues et vertiges, mais n’ont pas entrainé plus d’arrêts de traitements (12% environ dans les deux bras)

Conclusion

La lorcasérine n’augmente pas la morbi-mortalité cardiovasculaire à 3 ans dans une population à risque, ce qui est une information majeure pour cette classe thérapeutique à l’historique compliquée. Elle confirme une perte de poids globalement stable à 3 ans contre le placebo. Cependant, elle ne gagne pas sa place dans la prévention des évènements cardiovasculaires chez les patients obèses.

Nous attendons avec  impatience les détails de la réduction d’apparition de diabète de type 2 (DNID) qui seront présentés en congrès dans les prochaines semaines, ainsi que les résultats dans le sous-groupe des patients tabagiques, dont les effets propres de la molécule pourraient favoriser le sevrage.

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