Un thiazide renforce l’action d’un diurétique de l’anse en cas d’insuffisance rénale sévère

Mis à jour le jeudi 29 octobre 2020
dans
Audrey Laurain

Auteur :
Dr Audrey Laurain
Néphrologue et physiologiste au CHU de Nice

Vincent Esnault

Relecture :
Professeur Vincent L.M. Esnault
Néphrologue au CHU de Nice

 

ASD 2020
En direct de l'ASN Congress 2020

D’après la présentation de Fabio Solis-Jimenez (Mexico, Mexique) pour les investigateurs de l’étude HEBE: "Chlorthalidone and Bumetanide in advanced Chronic Kidney Disease: HEBE-CKD Trial"

Messages clés

Une bithérapie par chlorthalidone et bumetanide est plus efficace que le bumetanide seul pour le contrôle de la surcharge hydrosodée et de la pression artérielle chez des patients ayant un débit de filtration glomérulaire estimé (DFGe) < 30 mL/mn/1.73m² non dialysés.

Contexte

La maladie rénale chronique sévère est associée à une hypertension artérielle principalement volo-dépendante. Cette étude a comparé une monothérapie par diurétique de l’anse (bumetanide) versus une bithérapie par bumétanide et un diurétique thiazidique (chlorthalidone) habituellement non recommandé lorsque le DFGe est <  30 mL/mn/1.73m².

Méthodes

Étude monocentrique, en double aveugle, randomisée, incluant 32 patients insuffisants rénaux chroniques sévères (DFGe < 30mL/mn/1,73m² sans suppléance rénale) avec indication d’un traitement diurétique de l’anse.

Randomisation 1 :1 pour ajouter au diurétique de l’anse (bumétanide) soit un diurétique thiazidique (chlorthalidone) soit son placebo. La dose de traitement diurétique a été optimisée à J7 en fonction de la tolérance clinico-biologique et les paramètres de jugement sont évalués à J28.  

Les critères de jugement principaux sont : la variation de volume d’eau corporelle évaluée par impédancemétrie avec une mesure du volume d’eau totale et du volume extra cellulaire ainsi que la pression artérielle.

Les critères de jugement secondaire sont la fraction d’excrétion du sodium, le BNP, la créatininémie et le DFGe.

Principaux résultats

À un mois de suivi, les patients avec une bithérapie diurétique par chlorthalidone et bumétanide ont un meilleur contrôle tensionnel associé à une diminution de la surcharge hydrosodée évaluée par impédancemétrie (volume extra cellulaire/volume d’eau total).

Il n’existe pas de différence entre les groupes pour la fraction d’excrétion du sodium, du BNP, de la créatininémie, du DFG ou l’apparition d’effets indésirables et de troubles ioniques.

Cependant, dans le groupe sous diurétiques en bithérapie, il existe une élévation significative de la créatininémie entre le début du traitement et l’évaluation au 28eme jour non retrouvée dans le groupe sous bumétanide seul.

Conclusion

Chez ces patients atteints de maladie rénale chronique avec un DFGe < 30ml/mn/1,73m² pouvant présenter une résistance aux diurétiques de l’anse, il semble intéressant d’introduire une bithérapie avec un diurétique thiazidique pour obtenir un meilleur contrôle tensionnel et une meilleure déplétion hydrosodée, facteurs de risque de morbi-mortalité cardiovasculaire.

D’autres études à plus grandes échelles permettraient de préciser l’impact sur la fonction rénale à long terme et le risque d’évènements cardiovasculaires.

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