VIH: le ténofovir protègerait contre l'insuffisance cardiaque

Publié le mardi 9 mai 2017

WASHINGTON, 5 mai 2017 (APMnews) - L'antirétroviral ténofovir disoproxil est associé à une réduction du risque d'insuffisance cardiaque chez les patients infectés par le VIH, selon une étude rétrospective américaine publiée dans le Journal of the American Heart Association (JAHA).

Ce résultat est à l'opposé de ce qui était supposé initialement par les auteurs, Ruijun Chen du San Francisco VA Medical Center et de l'université de Californie et ses collègues, sur la base du lien connu entre le ténofovir et la détérioration de la fonction rénale, ainsi que de données préliminaires antérieures. Une précédente étude chez des initiateurs du ténofovir disoproxil avait montré un risque plus élevé d'insuffisance cardiaque (cf APM FBOFK004), rappellent-ils.

Toutefois peu d'études ont été menées sur les effets cardiaques du ténofovir et en particulier sur son lien avec l'insuffisance cardiaque. Les chercheurs ont examiné une cohorte de 21.435 patients infectés par le VIH, utilisant des antirétroviraux entre 2002 et 2011, en excluant les cas d'antécédent d'insuffisance cardiaque.

Au cours d'un suivi médian de 5,4 ans, 438 évènements liés à une insuffisance cardiaque sont survenus. L'incidence de l'insuffisance cardiaque à 5 ans était de 0,9% chez les utilisateurs actuels de ténofovir, 1,7% chez les anciens utilisateurs et 4,5% chez les patients n'ayant jamais été traités par ténofovir.

Après ajustement en fonction de plusieurs variables, le risque d'insuffisance cardiaque était significativement réduit, de 32%, chez les utilisateurs actuels de ténofovir par rapport aux patients n'en ayant jamais pris.

En outre, le risque diminuait avec la durée d'utilisation, pour les utilisateurs actuels, avec une baisse significative de 21% par année d'utilisation, par rapport aux patients jamais traités par ténofovir.

Les auteurs évoquent plusieurs pistes pour expliquer cette association. D'abord, le contrôle viral pourrait être plus important avec les traitements incluant le ténofovir, ce qui peut réduire l'inflammation et les taux de cytokines qui provoquent les lésions cardiaques.

Les effets phosphaturiques du ténofovir sur le rein pourraient également intervenir, en entraînant une baisse du niveau du facteur de croissance des fibroblastes 23 (FGF23), associé au risque d'insuffisance cardiaque.

En outre, le ténofovir a des propriétés potentiellement hypolipémiantes, contrairement aux autres régimes antirétroviraux qui entraînent des dyslipidémies. Il pourrait donc provoquer une diminution bénéfique de l'athérosclérose et de la maladie coronaire. Ces effets vasculaires favorables pourraient réduire l'incidence de l'insuffisance cardiaque, suggèrent les auteurs.

Cette association doit être confirmée dans d'autres contextes, notamment lors d'une utilisation en prophylaxie pré-exposition, ainsi qu'avec le ténofovir alafénamide, nouvelle formulation amenée à remplacer progressivement le ténofovir disoproxil, commentent les auteurs.

(JAHA, publication en ligne du 24 avril)

Source : APM International

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