Traiter activement les facteurs de risque améliore la fibrillation atriale

Publié le mardi 29 août 2017

(Par François BOISSIER, au congrès de l'ESC)

BARCELONE, 29 août 2017 (APMnews) - Chez les patients présentant une fibrillation atriale (FA) persistante et une insuffisance cardiaque, une action précoce centrée sur les facteurs de risque permet d'améliorer la FA, montre une étude randomisée présentée dimanche au congrès de la Société européenne de cardiologie (ESC) à Barcelone.

Chez les patients présentant une FA, maintenir le rythme sinusal améliore les symptômes, mais il est souvent difficile d'y arriver. C'est dû notamment au remodelage myocardique, qui touche l'atrium.

Ainsi, plutôt que de se centrer sur les traitements anti-arythmiques pour traiter la fibrillation, il pourrait être intéressant de jouer sur les facteurs influençant le remodelage, qui sont les mêmes que pour le traitement de l'insuffisance cardiaque. Et intervenir tôt permettrait de prévenir la progression de la FA.

Isabelle van Gelder de l'université de Groningue aux Pays-Bas a présenté les résultats de l'étude RACE 3, qui a randomisé 246 patients entre une prise en charge précoce des facteurs de risque de remodelage atrial et un traitement conventionnel.

Ces patients présentaient une FA de moins de 6 mois et une insuffisance cardiaque précoce. Ils n'étaient pas encore sous anti-arythmiques. ils avaient subi au plus une cardioversion.

Ceux qui ont eu une prise en charge des facteurs de risque ont reçu un antagoniste du récepteur des minéralocorticoïdes, une statine, un bloqueur du système rénine-angiotensine et ont bénéficié d'une réadaptation cardiaque avec exercice physique, restriction diététique et conseils. De plus, leur pression artérielle était diminuée en-dessous de 120/80 mmHg.

Après un an, un examen par Holter a montré que 75% des patients pris en charge ainsi étaient en rythme sinusal, alors que c'était le cas de 63% des contrôles. La différence était statistiquement significative.

Les chercheurs néerlandais ont constaté que le traitement avait permis d'améliorer la pression artérielle, de diminuer le NT-proBNP -marqueur de stress myocardique-, d'augmenter la fraction d'éjection ventriculaire gauche et d'améliorer la cholestérolémie.

Il n'y avait pas de différence en termes de morbidité et mortalité, mais cela n'était pas l'objectif de l'étude.

Ainsi, "un traitement en amont centré sur les facteurs de risque est efficace et faisable, pour maintenir en rythme sinusal les patients présentant une FA persistante précoce et une insuffisance cardiaque", a conclu la chercheuse néerlandaise.

Invité à commenter ces résultats après leur présentation en session HotLine, le Pr Josep Brugada de l'université de Barcelone a souligné le fait que "ces dernières années les efforts ont porté sur le traitement de la FA pour maintenir le rythme sinusal". Mais l'incidence de la FA continue d'augmenter et il faudrait surtout s'intéresser à traiter ses causes.

Il a donc "félicité" les auteurs de RACE 3 pour s'être attelés à traiter les facteurs de développement et de progression de l'arythmie.

Il a toutefois souligné une limite de cette étude. Il s'agit de patients avec une FA persistante précoce, une insuffisance cardiaque précoce, n'ayant pas encore de traitement anti-arythmique et ayant eu auparavant au plus une seule cardioversion. Ces patients sont "difficiles à trouver", et d'ailleurs il a noté qu'il a fallu 5 ans à 17 centres pour inclure 246 patients. L'applicabilité des résultats à une large population reste donc incertaine.

Il s'est par ailleurs étonné que, même si la prise en charge des facteurs de risque a apporté une amélioration, il y avait quand même 63% des patients dans le groupe contrôle qui étaient en rythme sinusal à la fin de l'étude. Ce qui pourrait toutefois en partie expliquer qu'un certain nombre ont reçu des anti-arythmiques ou ont eu une cardioversion durant le suivi.

Mais malgré ces limites, il a estimé que c'était une voie à suivre, qui pourrait même être élargie à d'autres facteurs de risque de la FA: perdre du poids, arrêter la consommation d'alcool, agir sur l'apnée du sommeil.

Source : APM International

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