La Société française d'hypertension fait des propositions pour une stratégie nationale

Publié le lundi 18 décembre 2017

PARIS, 15 décembre 2017 (APMnews) - La Société française d'hypertension a présenté vendredi lors d'une conférence de presse, en marge de son congrès annuel, des propositions élaborées par un groupe de travail pour une stratégie nationale de lutte contre cette maladie.

Alors que certains croient que le problème de l'hypertension artérielle (HTA) est réglé, "nous faisons le constat qu'elle est banalisée en France", a commenté Thierry Dénolle, cardiologue libéral à Dinard (Ille-et-Vilaine) et président de la SFHTA. Les enquêtes sur la prise en charge de cette pathologie montrent que "le nombre de patients dépistés diminue, le nombre de patients connaissant leurs chiffres tensionnels diminue, le nombre de patients traités diminue et la proportion de patients traités qui sont contrôlés stagne, voire diminue".

Il y a donc un "énorme souci" avec un risque de recrudescence des pathologies dont l'HTA augmente le risque: cardiopathies ischémiques, accidents vasculaires cérébraux (AVC) et maladie rénale chronique.

Sous l'impulsion du Pr Joël Ménard, ancien directeur général de la santé (DGS) et spécialiste de l'HTA, un groupe de 37 personnes a travaillé durant plusieurs mois en 2017 pour élaborer 60 propositions -réparties en 10 axes: prévention, diagnostic, traitements, organisation des parcours... La SFHTA va les présenter aux autorités (ministère de la santé, et de l'éducation nationale pour la prévention, agences sanitaires).

Le Pr Ménard a souligné le fait que contrairement aux grands plans de santé publique lancés par le passé par les présidents de la République, décidés "en haut" et ensuite déclinés de façon descendante, il s'agit au contraire d'une initiative venue d'"en bas"... qu'il faut maintenant faire remonter jusqu'aux décideurs.

Favoriser l'automesure

Parmi les nombreuses propositions, l'une des "plus importantes" selon Thierry Dénolle est de "favoriser l'utilisation de l'automesure chez tous les hypertendus", notamment les patients de 65 ans et plus et les femmes enceintes hypertendues.

"La pression artérielle est un paramètre très variable", qui peut différer d'une heure à l'autre. De ce fait, multiplier les mesures au cours de la journée, dans de bonnes conditions, apparaît plus fiable qu'une seule mesure faite au cabinet du médecin. C'est pourquoi il estime que "tous les patients hypertendus qui le souhaitent devraient disposer d'un appareil d'automesure, fourni sur prescription du médecin", et qui soit remboursé. A l'heure actuelle, moins de 15% des appareils d'automesure sont vendus sur avis du médecin traitant.

Les auteurs de propositions souhaitent également que la mesure ambulatoire de la pression artérielle (Mapa) soit incluse dans la nomenclature des actes médicaux remboursés. La Mapa "est le pilier central de toutes les recommandations internationales sur l'HTA et en France elle n'est pas remboursée ! Nous allons le proposer aux autorités".

Concernant les traitements médicaux de l'HTA, il est proposé de "prescrire impérativement les antihypertenseurs en DCI [dénomination commune internationale]", mais aussi de "ne pas changer de fabricant en cours de traitement afin de réduire le risque d'erreurs de prise par le patient". La difficulté à s'y retrouver avec les changements de génériques constitue une plainte fréquente des patients.

Autre difficulté rencontrée par les patients: le nombre de comprimés varie selon les produits. Il est donc proposé d'"harmoniser les contenus des boîtes", à 30 comprimés pour toutes.

Associations fixes, doubles et triples

Les auteurs des propositions recommandent également de "retirer du remboursement les molécules antihypertensives dont la durée d'action et/ou l'efficacité est inférieure aux autres molécules de la même classe thérapeutique".

Par ailleurs, ils sont favorables aux associations fixes de 2 médicaments, souhaitant qu'il y en ait plus autorisées en première intention. Il n'y en a que 2 indiquées en première intention actuellement. Ces associations "diminuent la pression artérielle plus rapidement, n'ont pas plus d'effets indésirables, améliorent l'observance et donc cela contribue à diminuer le risque cardiovasculaire; il y a un cercle vertueux", a estimé le Pr Stéphane Laurent de l'Hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP, Paris, AP-HP), présent à la conférence de presse.

Il est également proposé de rembourser les associations triples, pour les patients à haut risque cardiovasculaire. Cela permettrait aussi d'améliorer l'observance et améliorer le contrôle tensionnel. Leur prescription devrait "s'accompagner d'une éducation thérapeutique spécifique".

Deux associations triples existent mais n'ont pas obtenu de remboursement, rappelle-t-on. Les autorités avaient notamment mis en avant les risques potentiels liés à une baisse excessive de la pression artérielle. Mais selon Stéphane Laurent, "ce n'est pas le cas" si c'est bien donné aux patients à haut risque dont la pression artérielle est très élevée, pour lesquels on a besoin de diminuer rapidement la pression artérielle. Mais il a souligné la nécessité que les industriels conduisent plus d'études sur ces associations.

Thierry Dénolle a répondu par avance aux questions sur le risque de conflit d'intérêts en affirmant : "Nous ne travaillons pas pour l'industrie, nous travaillons pour un meilleur contrôle de l'HTA".

Délégation aux pharmaciens et infirmières

En matière d'organisation des soins, les spécialistes de la SFHTA proposent d'impliquer les pharmaciens et les infirmières libérales dans la mesure tensionnelle et l'éducation de l'automesure tensionnelle, et dans le dépistage de la mauvaise observance.

Prévoyant qu'il y aura des réticences de la part de certains médecins opposés à ce qu’ils peuvent prendre pour une dépossession de leur activité, Thierry Dénolle a souligné le fait que ce transfert de tâche se ferait toujours "sous l'égide du médecin traitant".

Par ailleurs, pour les patients nécessitant des avis spécialisés, il est proposé d'une part de "définir et appliquer aux mieux les circonstances d'orientation d'une personne hypertendue vers un spécialiste ou un centre spécialisé", d'autre part de "faire labelliser par le ministère de la santé un centre d'excellence sur l'HTA dans chaque 'ancienne' région".

Parmi les nombreuses autres propositions, on compte la nécessité d'améliorer les connaissances épidémiologiques sur l'HTA en France, notamment en utilisant les bases de données publiques, l'amélioration de la prévention, en agissant dès l'enfance (sur l'activité physique, la consommation de sel...) et développant des actions spécifiques pour l'outre-mer et pour les personnes en situation de précarité, en raison des risques élevés d'HTA dans ces populations, l'amélioration de la formation des médecins, la promotion de la recherche...

Source : APM International

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