BPCO : résultats mitigés pour la télésurveillance dans un essai clinique européen

Mis à jour le lundi 16 avril 2018

WASHINGTON, 11 avril 2018 (APMnews) - La télésurveillance à domicile n'a ni allongé le délai jusqu'à la première hospitalisation ni amélioré la qualité de vie de patients atteints de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), mais semble avoir réduit les coûts de santé par la suite, principalement en raison d'hospitalisations moins fréquentes et moins longues, selon les résultats d'un essai clinique européen.

La télésurveillance à distance des patients atteints de BPCO semble être une solution intéressante pour détecter les exacerbations et les prendre en charge précocement afin de réduire les hospitalisations, mais pour le moment les études ont donné des résultats plutôt décevants, rappellent Paul Walker de l'University Hospital Aintree à Liverpool et ses collègues dans l'American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine (AJRCCM).

Dans le cadre de cette étude européenne CHROMED (Espagne, Estonie, Royaume-Uni, Slovénie et Suède), ils ont voulu évaluer l'intérêt de télésurveiller en particulier des paramètres physiologiques pulmonaires et cardiaques sur le délai jusqu'à la première hospitalisation et la qualité de vie.

Ils ont inclus 312 patients au stade GOLD II à IV (de 66 à 76 ans), avec des exacerbations au cours de l'année passée et au moins une comorbidité non pulmonaire (insuffisance cardiaque, maladie coronaire, hyperlipidémie, troubles respiratoires du sommeil).

Les patients ont été randomisés entre la télésurveillance à l'aide du dispositif médical Resmon Pro* Diary (Restech) ou le suivi à domicile habituel pour neuf mois. Les patients devaient chaque jour, à peu près au même moment, respirer sans effort pendant 2 minutes dans un embout connecté à l'appareil.

Cet appareil repose sur les oscillations forcées qui mesurent les propriétés mécaniques du poumon au cours de la respiration au repos et semble pouvoir détecter de manière objective la survenue d'une exacerbation.

En cas de mesures anormales, une alerte était générée et une infirmière contactait le patient pour évaluer son état clinique et intervenir le cas échéant (prescription de corticostéroïdes et/ou d'antibiotiques, évaluation présentielle...). Tous les trois mois, les patients recevaient également un appel téléphonique pour évaluer leur utilisation d'antibiotiques et de corticostéroïdes.

Globalement, 0,5 alerte par patient et par mois a été générée sur la base des paramètres pulmonaires et 1,1 alerte/patient/mois pour les paramètres cardiaques. Les alertes étaient suivies d'un appel de l'infirmière dans un délai de 1,4 jour.

Les chercheurs relèvent que le système n'a pas pu générer d'alerte pour 11% des jours de surveillance des paramètres pulmonaires et 14% des paramètres cardiaques, principalement parce que les patients ont oublié de souffler dans l'appareil ou parce qu'ils s'étaient absentés (45%), en raison d'une mauvaise connexion pour transmettre les données (35%), d'un problème technique de l'appareil (18%) ou de l'hospitalisation du patient (3%).

Le délai jusqu'à la première hospitalisation au cours du suivi était de 224 jours parmi les patients télésurveillés, contre 254 jours dans le groupe contrôle, une différence qui n'était toutefois pas statistiquement significative.

A 9 mois, la qualité de vie ne semblait pas meilleure chez les patients télésurveillés, avec un score sur l'index d'utilité EQ-5D de 0,640 point, contre 0,637 point dans le groupe contrôle.

Les chercheurs notent toutefois que parmi les patients hospitalisés, le nombre d'hospitalisations suivantes était divisé par deux chez ceux qui étaient télésurveillés par rapport aux contrôles (ratio du taux d'incidence IRR de 0,46), une durée du séjour à l'hôpital significativement plus courte (1 jour vs 4 jours) et un nombre total réduit de journées d'hospitalisation (359 jours vs 669 jours).

En termes d'années de vie ajustées sur la qualité de vie (QALY), le résultat était similaire entre les deux groupes mais le coût moyen de prise en charge par patient sur les neuf mois de l'étude était significativement moins élevé pour les patients télésurveillés, de 4.147 € contre 6.949 €.

Ces résultats indiquent que malgré une bonne acceptabilité et une bonne observance thérapeutique, la télésurveillance des paramètres objectifs des variables pulmonaires et cardiaques n'a permis ni de réduire le délai jusqu'à la première hospitalisation, ni d'améliorer la qualité de vie.

Cependant, le dispositif semble favoriser des économies, principalement avec une diminution des hospitalisations, ce qui mérite d'être davantage exploré dans d'autres études, estiment les chercheurs.
(AJRCCM, édition en ligne du 20 mars)

Source : APM International

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