Interêt de l'oxygénothérapie en cas de suspicion d'infarctus du myocarde

Mis à jour le mardi 12 septembre 2017
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Mariama Akodad
Une analyse proposée par Mariama Akodad.

Congrès ESC 2017 - ESC Congress 2017

The DETOX Trial

Rationnel de l’étude

L’oxygénothérapie est largement utilisée en routine chez la patients pris en charge en contexte d’infarctus du myocarde. Dans les recommandations, l’oxygénothérapie doit être réservée aux patients hypoxémiques, dyspnéiques ou en situation d’insuffisance cardiaque. Cependant, l’étude AVOID a récemment rapporté une augmentation de la taille d’infarctus chez les patients ayant présenté un infarctus du myocarde avec sus-décalage du segment ST. L’intérêt de l’oxygénothérapie en contexte d’infarctus du myocarde chez les patients normoxémique reste incertain.

Objectif

L’objectif était d’évaluer l’effet de l’oxygénothérapie sur la mortalité à 1 an chez les patients suspects d’infarctus du myocardique normoxémique.

Design de l’étude

Il s’agit d’une étude randomisée, contrôlée, multicentrique basée sur le registre national SWEDEHEART englobant 35 centres suédois. Tous les patients présentant des symptômes suspects d’infarctus du myocarde depuis moins de 6 heures avec modifications sur le plan électrocardiographique et/ou élévation de la troponine étaient inclus si la saturation en oxygène était supérieure à 90%. Ils étaient randomisés pour recevoir une oxygénothérapie au masque à 6 litres par minute pendant 6 à 12 heures ou étaient ventilés en air ambiant sans masque.

Le critère de jugement principal était la mortalité à 1 an.

Les critères de jugement secondaires étaient la mortalité à 1 mois, une ré hospitalisation pour insuffisance cardiaque et la mortalité cardio-vasculaire.

Résultats

Dans ce travail, 6 629 patients ont été inclus, 3 311 dans le groupe oxygénothérapie et 3 318 dans le groupe air ambiant. L’âge médian était de 68 ans et 2/3 des patients étaient de sexe masculin. Au total, 2952 infarctus du myocarde avec sus-décalage du segment ST ont été inclus. Les caractéristiques à l’admission étaient comparables entre les 2 groupes. La durée de l’oxygénothérapie était de 11,6 heures. Concernant le critère de jugement principal, aucune différence n’était observée entre les 2 groupes avec une mortalité de 5.0% dans le groupe oxygène versus 5.1% dans le groupe air ambiant, p=0,8 (figure). Concernant le critère de jugement secondaire, aucune différence significative n’était observée entre les 2 groupes concernant le risque de ré-infarctus, de mortalité ou en termes d’élévation de la troponine. Ces résultats étaient similaires entre les 2 groupes quelques soient la présentation clinique, le type d’infarctus du myocarde ou les comorbidités associées.

Discussion

DETO2X-AMI est la première étude randomisée incluant une large population et apporte des éléments de réponse à une question pratique.

En effet, l’oxygénothérapie n’améliore pas la survie chez les patients en phase aiguë d’infarctus du myocarde sans être toutefois délétère. Les indications de l’oxygénothérapie ont donc évolué dans les recommandations européennes sur la prise en charge de l’infarctus du myocarde, déconseillant l’oxygénothérapie systématique dans ce contexte, dont le bénéfice est jugé « au mieux incertain ».

Référence

Hofmann R, James SK, Jernberg T, Lindahl B, Erlinge D, Witt N, et al. Oxygen Therapy in Suspected Acute Myocardial Infarction. N Engl J Med. 2017 Aug 28;

Mots clés: Coronaire Coronaire

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